Caroline Charrière (1960-2018) est l’une des premières femmes en Suisse à pouvoir vivre de la composition. Flûtiste, cheffe de chœur et d’orchestre ainsi qu’enseignante, elle consacre la majeure partie de son temps à cet art depuis l’âge de quarante ans.
Des commandes prestigieuses viennent confirmer son choix et c’est à elle, qu’en 2003, le Forum musique et femmes suisse dédie un festival de trois jours. Sa musique touche par sa sobriété et par ses références à l’histoire culturelle occidentale. Au-delà, la compositrice utilise des instruments d’horizons lointains, tels que le bol tibétain ou les crotales.
Elle collabore avec le Théâtre des Osses durant six ans. En 2008, elle obtient le 3e prix lors du concours Label suisse avec la pièce Flowers. Son Anima mea est créée dans le cadre du Festival de Lucerne en 2010. En 2017 elle remporte un séjour à l’Atelier Tinguely à la Cité des Arts à Paris. Son projet est une Passion universelle.
Alors que les compositrices restent encore l’exception au concert et sur les ondes, cette Fribourgeoise, fille de menuisier, a mis en musique les thématiques qui ont jalonné sa vie, telles que l’âme, l’humour, la révolte.
Celle qui s’est insurgée contre le crime organisé dans Rivolta a trouvé le réconfort et l’inspiration dans les séquences d’Hildegard von Bingen pour De Sancta Maria. Grande amatrice de poésie, elle met en musique des poèmes dans sept langues, avec une affinité pour Emily Dickinson et Marguerite Burnat-Provins. Grande lectrice de bandes dessinées, elle dédie son Le cow-boy et la double-crème à Lucky Luke.
Sa musique est jouée régulièrement en Suisse et à l’étranger.
Fondé en 1991 par Charrière et quelques amies, il est l’un des premiers ensembles féminins de Suisse.
Son répertoire traverse toutes les époques, de la Renaissance aux compositions du XXe et du XXIe siècle et il comporte des œuvres aussi bien a capella qu’avec accompagnement instrumental. Le Choeur de Jade chante également avec plaisir des mélodies populaires de son canton ou d’ailleurs ainsi que les compositions de Charrière.
La compositrice le dirige jusqu’à sa disparition. En 2019, le choeur engage Céline Latour Monnier comme nouvelle directrice.
Œuvre dense, uniquement portée par la voix, la composition de Caroline Charrière irradie de beauté. Elle révèle toute sa capacité à éclairer le texte fort de Marie-Claire Dewarrat, à mettre un relief aux mots, à transformer l’image littéraire en couleurs musicales. Femmes de Jérusalem dresse le portrait de cinq femmes – Sarah, Marie, Marie de Magdala, Véronique, Marthe – dont les figures, symboliques, résonnent dans le temps présent. L’alternance des voix masculines et féminines comme la confrontation du texte français et de prières latines – superbe passage du Magnificat – poussent ces pièces vers des sommets musicaux.
Patrice Borcard, La Gruyère, le 31 octobre 2006 à propos de Femmes de Jérusalem
La musique doit être à la fois vraie, juste et nécessaire. Les compositions signées Caroline Charrière, j’ai le sentiment qu’elles répondent à ces critères. J’y découvre la vérité de l’affectivité humaine et l’aspiration à une spiritualité mystique hors de tout dogmatisme. Quant aux cheminements harmoniques, j’y retrouve Frank Martin ou Honegger et Dutilleux avec leurs savoureuses dissonances. Charrière obéit à sa nature profonde, secrète, poétique jusqu’au lyrisme, exaltée ici ou là, ou encore meurtrie, révoltée, consolatrice. C’est en cela que ses oeuvres sont nécessaires…
Jean-Michel Hayoz, ancien directeur du Conservatoire de Fribourg